Nous sommes en 1955 et, pour la première fois, les rugbymen de l’USAP remportent le bouclier de Brennus. « Nous n’étions pas des montagnes de muscles, mais on avait du cœur. Quand on est catalan, et qu’on a vingt ans, on doit tout renverser sur son passage. » Il est ému André Sanac, au souvenir de ce souffle qui le propulsa, lui et ses compatriotes, vers le titre de champion de France. La génération 2009, à nouveau victorieuse, brandit le bouclier, le dédie à ses ancêtres, et aux catalans. Le réalisateur et écrivain René Grando, croise deux générations d’hommes, et leur victoire au championnat de France, à 54 ans d’intervalle.
Il est né ici, dans la terre ocre, au milieu des vignes, de la mer et du vent. Le décor de son enfance, devenu celui de ses polars et de son double en la personne du flic Germinal Poco, demeure une constante dans l’œuvre de l’écrivain perpignanais. Ce territoire, voilà ce qui porte ces hommes de l’USAP ; qu’ils y soient nés, ou non. René Grando redécouvre les chemins qui les ont menés vers une identité catalane, met à jour des racines qui ont si peu à voir avec le lignage. Être catalan, c’est porter en toute chose vigueur et persévérance, abnégation et courage.
Voilà Bernard Goutta, fils de harki, élévé dans le triste camp de Rivesaltes, devenu le capitaine de l’USAP. Son beau visage s’assombrit devant les ruines du camp, et les photos noires et blanches défilent, hommes, femmes et enfants, déportés, fuyant une Algérie qui les répudie. « Pour tous le plus dur ce ne fut pas la guerre, mais le retour et l’accueil en France. » Fait exceptionnel, Bernard Goutta a, de son vivant, une tribune à son nom dans le stade Aimé Giral.
Voici le chanteur Cali, supporter de l’USAP, mettant tout son cœur dans le chant antifranquiste de l’estaca, devenu l’hymne de l’USAP. Au milieu du choeur des enfants, ou accoudé au comptoir avec un ami rugbyman, Cali fait preuve d’une intensité inattendue chez une star de la chanson française.
La simplicité des plans rend toute l’émotion qui traverse ces hommes qui livrent leur histoire, et leur passion pour leurs racines. La caméra près des visages, sonde les cœurs, ramène à la surface cette force si particulière.
C’est ainsi : on ne naît pas catalan, on le devient.